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Soirée éprouvante avec vue sur l’«allée du crack» à Montréal

par Jeromec, vendredi 06 octobre 2023, 14:05 (il y a 928 jours) @ Ammabaoth


https://www.journaldemontreal.com/2023/10/06/un-balcon-sur-lallee-du-crack

Soirée éprouvante avec vue sur l’«allée du crack» à Montréal
Vivre à côté du centre d’injection supervisée Cactus est difficile et brise le cœur
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LOUIS-PHILIPPE MESSIER
Vendredi, 6 octobre 2023 00:00

MISE À JOUR Vendredi, 6 octobre 2023 00:00

Il y a la rue East Hastings à Vancouver, puis Rideau et King Edward à Ottawa. Et maintenant la rue Berger à Montréal ? Une retraitée qui occupe un logement social devant cet endroit, tristement surnommé « allée du crack », au centre-ville, m’a invité à passer une soirée sur son balcon. Ce que j’ai vu m’a ébranlé.

Là où elle vit, Josette (nom fictif) est le témoin forcé d’une misère alarmante.


Située dans le Quartier des spectacles, la rue Berger débouche au nord devant les grilles des Foufounes électriques.


Le débat sur les sites d’injection supervisée refait la manchette récemment à cause de l’ouverture du premier centre d’inhalation supervisée de drogues à Saint-Henri, à moins de 100 mètres d’une école primaire, ce qui inquiète des parents.

Mais il existe déjà un site d’injection supervisée à Montréal, soit celui de Cactus qui a élu domicile au centre-ville il y a sept ans.

Si nécessaires que puissent être les services de l’organisme, ses environs deviennent une « terrasse » officieuse où consommer sa drogue dure.

Écoutez l'entrevue avec Vincent Marcoux, directeur général de l'Association québécoise des centres d'intervention en dépendance (AQCID) à l’émission d’Alexandre Dubé via QUB radio :

Pour éviter la défécation sur la voie publique, une toilette chimique entourée de bollards a été érigée en pleine rue.

Quand j’arrive vers 19 h 30, il y a une ambulance devant les portes de Cactus.

Des fumeurs de crack ou crystal meth sont assis presque à l’angle de Saint-Catherine.

Cinq ou six groupes différents chauffent leurs tubes de verre plus bas dans la rue.

« C’est comme ça jour et nuit, sept jours sur sept, l’année durant », s’exaspère Josette.

Vous ne verrez pas sa photo : elle redoute les représailles.


Une prostituée compte son argent sur le trottoir devant la porte d'entrée de Josette. LOUIS-PHILIPPE MESSIER
Prisonnière chez elle

Dès que le soleil se couche, Josette ne sort plus. Même le jour, elle ne peut parfois pas entrer chez elle.


Quelqu’un devant sa porte attend parfois pour s’infiltrer dans l’immeuble, habituellement pour aller dans le garage en bas pour fumer, boire ou se piquer.

« Cet après-midi, j’ai dû attendre dix minutes que la police arrive pour que je puisse rentrer sans qu’une femme très intoxiquée me suive. »

Josette habite avec 21 voisins dans un bel immeuble de logements sociaux subventionnés, avec l’organisme Un toit en ville, où chacun paie un loyer équivalent au quart de son revenu.

Avant d’aller au lit, il faut désactiver la sonnerie. Des malotrus actionnent souvent toutes les sonnettes pour inciter quelqu’un dans l’immeuble à déclencher l’ouverture de la porte.

« La semaine dernière, un voisin s’est fait battre dans le corridor par des toxicomanes et il s’est retrouvé à l’hôpital. »

« Il y a trois semaines, un autre voisin demandait à des drogués de s’enlever de devant la porte pour pouvoir entrer et une femme fâchée lui a donné un coup de barre de métal derrière la tête. »

Voilà pourquoi Josette préfère se terrer chez elle.

À partir de son salon, on entend les bruits de la rue Berger... et ils cessent rarement.

« À partir de 2 h du matin, quand Cactus ferme, c’est pire. »

Quand une ambulance active ses gyrophares dans la rue en contrebas et illumine son salon, son cerveau l’enregistre à peine.

L’ambulance ? Les cris ? Les jappements de chiens ? Les querelles hurlantes ? C’est malheureusement devenu de la « normalité » pour Josette.


« J’ai appelé la police dix fois en sept ans, ce qui n’est pas énorme. Hier, un homme torse nu se faisait tabasser à grands coups de poing. C’était bizarre parce qu’il se laissait faire même si l’autre était plus petit. »

A-t-elle appelé la police pour ça ? Non...


Un jeune homme en surdose par terre dans son vomi demeure inerte. Son ami lui administre de la naloxone. Un employé de Cactus est venu voir si c'était grave... et il va bientôt courir pour aller chercher des renforts. LOUIS-PHILIPPE MESSIER
« Je me sens mal d’inviter un journaliste parce que c’est comme dénoncer des gens malheureux que la drogue rend malades, mais je ne peux plus me taire et continuer d’endurer de vivre comme ça », se désole Josette.

Cette femme à l’appartement rempli de bibelots de chats devient une grand-maman-gâteau qui insiste pour me faire des sandwichs pendant que je squatte son balcon.

Elle a travaillé pendant 28 ans comme préposée aux bénéficiaires à l’hôpital de Verdun, puis une dépression l’a presque acculée à la rue. À un cheveu de l’itinérance, elle a passé des années au YMCA des femmes.

Elle est contente d’avoir maintenant ce toit abordable sur la tête.

« Mais cela veut dire que je suis prise ici... devant la rue Berger. Je n’ai pas les moyens d’aller ailleurs. Et j’aimerais ça, pouvoir aller sur mon balcon tranquille, pouvoir inviter ma mère à souper ou sortir pour acheter une pinte de lait le soir. »

Quelles mesures réclame-t-elle ?

« Plus d’éclairage ! Il faut que ce soit aussi éclairé la nuit que le jour sur la rue Berger. Je veux pouvoir circuler sans danger. Alors, il faut des gardiens qui empêchent les attroupements qui bloquent les entrées d’édifice. Et il faut aussi que Cactus déménage ou puisse fonctionner 24 h, pas juste 12. »


J’étais chez Josette lors d’une soirée particulièrement tranquille à l’occasion du versement de l’aide sociale. Les rues ont alors tendance à se vider, car beaucoup se louent de petites chambres d’hôtel.

« Tranquille » est un grand mot vous me direz. À un certain moment, un jeune homme explose de vomi avant de s’effondrer dans son dégât. Affolé de ne pas parvenir à le ranimer, son ami hurle : « Gaby ! Gaby ! » puis va quérir les intervenants de Cactus. Bientôt l’équipe s’active à sauver le jeune. Des usagers réguliers, frustrés de devoir patienter quelques minutes pendant l’intervention, demandent quand le centre va rouvrir ses portes.

« Ils font pitié, mais je n’en ai plus, de pitié, je suis vidée et j’en ai assez d’être prisonnière chez moi », commente Josette.

Pour moi, c’était quelques heures qui brisent le cœur, mais pour elle, qui assiste quotidiennement à ce drame « toxicogénique » depuis sept ans, c’était... quelque chose comme l’épisode #2555...

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