J'ai pas peut attendre Gilles
il est environ 22 h 30. J’habite une petite maison à Quarouble, dans le nord de la France. C’est une maison de garde-barrière, donc très proche de la voie ferrée. Les « soucoupes volantes »? Connais pas ou plutôt, j’en entends parler comme tout le monde, mais pour moi, c’est de la foutaise……..
Je suis un homme simple, un ouvrier métallurgiste qui ne pense qu’a améliorer son confort. J’ai pu acheter une télévision: en 1954, ce n’est déjà pas si mal. Ce soir là, ma femme regardait le petit écran tandis que moi, je préférait lire mon journal, car en tant qu’ancien marin un article me passionnait, il s’agissait du drame de l’Abeille.
Soudain, Kiki, mon chien, s’est mis a aboyer d’une façon anormale depuis sa niche qui est à l’extérieur de la maison.
– Qu’est-ce qui lui prend ? questionne ma femme.
– Je n’en sais rien, je vais aller voir.
Je pose mon journal, prends une torche électrique et sors de la maison pendant que ma femme demeure assise devant le poste de télévision. Dehors, la nuit est sombre. Je ne vois qu’un écran noir. Je braque ma torche électrique sur Kiki, littéralement terrorisé, levant le museau vers le ciel pour « hurler a la mort ».
Je ne suis pas superstitieux, mais ce hurlement me colle un mauvais frisson sur la peau:
-Tais-toi !
Kiki obéit, mais en gémissant, comme s’il souffrait.
J’observe les alentours que je balaie de ma torche électrique: rien de particulier! Je me dirige alors vers la droite de la maison qui est entourée par une palissade de 1 mètre 20 de hauteur, je l’ai construite moi-même pour empêcher les enfants et le chien d’aller traîner sur la voie ferrée.
En arrivant près de la barrière, j’éteins la torche et satisfait un besoin naturel.
C’est alors que j’aperçois, sur ma gauche, une masse sombre posée sur les rails, a environ six ou sept mètres de moi. Je pense tout d’abord a un wagon mais, rapidement, je me rends compte que l’engin ressemble a tout ce que l’on pourrait imaginer sauf a un wagon ferroviaire.
Brusquement, derrière moi, près de la maison des bruits de pas… Je ne m’affole pas outre mesure car, souvent, des contrebandiers empruntent ce chemin, près de la maison, pour passer en Belgique. Le chien recommence a s’exciter, allant en tous sens, tirant sur sa chaîne. Des ombres se profilent et avancent vers moi.
J’ai trente-trois ans, ma taille est bien au-dessus de la moyenne, je pèse soixante-quinze kilos, je suis tout a fait sûr de ma force; ce sont probablement des gamins en maraude des chapardeurs de poulailler. Pourquoi songerais-je a des gamins ?
Pour deux raisons: ils en ont la taille et cherchent a fuir – sans précipitation d’ailleurs – en se dirigeant vers la porte de la palissade. D’un bond, je leur barre le chemin et braque sur eux le faisceau lumineux de ma torche. Stupéfaction! La lumière que je projette se réfléchit sur leur tête comme sur du verre. Ils sont vêtus d’une sorte de combinaison sombre qui semble être de la matière très souple.
Ma première idée: en ceinturer un. On dirait alors que cette pensée agressive (probablement captée) déclenche un rayon de lumière qui jaillit de la masse sombre posée sur les rails. Ce rayon m’enveloppe en me paralysant de la tête aux pieds. Je voudrais crier, bouger, impossible.
Seul mon cerveau fonctionne d’une manière on ne peut plus lucide. Je ressens des picotements dans tout le corps tandis que je vois et entends parfaitement.
Ils marchent sur la dalle de ciment, franchissent la porte de la palissade, se fondent dans la nuit, rejoignent la masse sombre posée sur la voie. Un bruit de porte a glissière me parvient et, bientôt, un sifflement qui s’intensifie. Je perçois un souffle tiède, très agréable a respirer, comme l’odeur des foins fraîchement coupés.
Le rayon lumineux disparaît et je retrouve, instantanément, l’usage de mes membres. Je vois alors l’engin – toujours une masse sombre – qui monte dans le ciel: peut-être à la verticale, environ trente ou quarante mètres. L’engin s’illumine peu a peu, devient fluorescent, orange, presque rouge. C’est fini. Il a disparu …
CHAPITRE 4 (le lendemain quelques heures après la déposition à la police) Cela commence par une voix d’homme derrière moi.
– Monsieur Dewilde ? Je me retourne
– Oui, c’est moi
– C’est pour la Voix du Nord. Pourriez-vous m’accorder une interview, s’il vous plaît?
Apres avoir pris des notes sur son carnet, le journaliste me scrute
– Vous devriez rentrer chez vous, monsieur Dewilde, il y a beaucoup de monde…
Beaucoup de monde: bel euphémisme !
suite
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