Quand les feux d’artifices ravivent des souvenirs douloureux
On vas-tu finir par les bannir complètement...?
Laval a fait un pas dans la bonne direction.. Montréal traîne de la patte...
https://www.ledevoir.com/societe/sante/795798/sante-mentale-quand-les-feux-d-artifice-r...
Quand les feux d’artifice ravivent des souvenirs douloureux
Pour de nombreuses personnes, ils sont synonymes de festivités et de célébrations. Pour d’autres, ils ravivent des souvenirs pénibles et peuvent déclencher des symptômes liés à un stress post-traumatique. Les feux d’artifice sont, pour certains, un rappel de leur vécu en zone de guerre ou de conflit armé.
Le 1er juillet 2008, 15 ans après avoir servi pour les Forces armées canadiennes en Bosnie, Katia-Isabelle Boivin prend conscience pour la première fois qu’elle souffre d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Elle est assise dans son salon lorsque les feux d’artifice, célébrant la fête du Canada, commencent.
« C’est là que j’ai vécu mon premier flashback », raconte l’ancienne technicienne médicale au sein de l’armée. Dès les premières détonations, Mme Boivin sent les symptômes apparaître : augmentation du rythme cardiaque, sueurs froides et chaleurs.
« J’ai senti que je partais en arrière dans un vortex. Je me suis retrouvée dans une journée en Yougoslavie où je me faisais tirer dessus. En même temps, j’étais consciente que j’étais sur le tapis dans mon salon. Tout ce qui me venait en tête c’était d’ouvrir la porte patio et de m’enfuir. »
À cet instant, l’état dans lequel se trouve l’ancienne militaire se nomme réminiscence. Cela a pour conséquence de ramener une personne dans l’état de stress dans lequel elle s’est déjà trouvée auparavant — un champ de bataille dans ce cas-ci.
« Le stress traumatique est une réaction humaine normale à des expériences intenses, pouvant déclencher des sentiments et des souvenirs liés à des événements traumatisants », explique Brian McKenna, conseiller stratégique national de l’Institut Atlas. Selon lui, les bruits forts et inattendus, comme les feux d’artifice, sont les plus susceptibles de provoquer des symptômes post-traumatiques pour les survivants de combats.
Il n’y a pas que les militaires dans cette situation. Depuis plusieurs années, le Canada accueille des réfugiés en provenance de la Syrie, de l’Afghanistan et de l’Ukraine marqués, eux aussi, par des traumatismes de guerre. C’est le cas de Maisan Al Masalkhi, originaire de la Syrie, arrivée au Canada en 2015.
« On croirait un bombardement ou que quelque chose de grave va arriver. C’est une réaction normale à cause des traumatismes. On ne peut pas le contrôler, et ça arrive souvent. On ne peut pas vivre normalement », mentionne-t-elle.
Pour Mme Al Masalkhi et son entourage, d’autres bruits forts et soudains sont susceptibles d’agir à titre de déclencheur. « L’orage par exemple, ça ressemble au son des bombardements. Comme pour les feux d’artifice, c’est effrayant pour nous », renchérit-elle.
De son côté, Mme Boivin, se souvient qu’une de ses réactions a été déclenchée par le son de l’éclatement d’un ballon de fête : « Je suis partie en flashback. Et c’était ma fête. J’ai vécu une grosse dissociation. J’ai mis une main sur le coeur et j’ai dit à la personne devant moi “excuse-moi là, mais je ne vais pas bien”. »
De fortes réactions
Les feux d’artifice agissent effectivement comme élément déclencheur chez des personnes ayant vécu dans un contexte de guerre ou de conflit armé. Selon l’anthropologue Servane Roupnel, ils peuvent rappeler de mauvais souvenirs à tous les militaires en raison du bruit et de la détonation. Par contre, les conséquences sont plus longues et plus graves pour les personnes souffrant d’un trouble de stress post-traumatique.
« Cela peut durer des mois, et même déclencher des réflexes dangereux. Parfois, ils vont plonger à terre ou faire tomber leur conjointe afin de la protéger ou même frapper quelqu’un. C’est le réflexe du combattant. Ils peuvent aller à l’extrême. Ils sont formés à défendre et à protéger les autres », souligne l’anthropologue.
Même après plusieurs années passées à soigner un TSPT, certaines personnes peuvent avoir des réactions physiques déclenchées par les feux d’artifice. « Sitôt qu’un feu d’artifice est déclenché, je tombe en hypervigilance. Aujourd’hui, je gère très, très, très bien, mais il y a encore un moment de dissociation qui se passe. Le corps réagit quand même. Il y a toujours un stress avant le 24 juin et le 1er juillet. Je suis certaine que c’est [comme] ça pour tous les vétérans qui souffrent de TSPT », dit Mme Boivin.
L’aspect le plus dommageable des feux d’artifice chez les personnes vivant avec un TSPT est sans contredit l’effet de surprise. « Quand c’est un spectacle, c’est correct. Mais quand c’est soudain, c’est vraiment lourd. Parfois, des voisins jouent avec les feux d’artifice et, quand il y a un son soudain, pour nous, c’est très difficile », confie Mme Al Masalkhi.
L’effet de surprise est effectivement ce qu’il y a de pire, selon Servane Roupnel. « Même nous qui ne vivons pas avec un TSPT, on va sursauter et être surpris. L’effet de surprise est multiplié par dix pour les personnes militaires post-traumatisées », ajoute-t-elle.
Selon le président de l’Institut Atlas, Fardous Hosseiny, lorsque la date et l’heure des feux d’artifice sont connues, cela permet de mettre en place des stratégies permettant d’éviter de déclencher un état de choc ou de faire replonger une personne dedans. Par exemple, certains vont quitter les lieux ou bloquer le son et la lumière.
Sensibiliser la population
Tous s’entendent sur le fait qu’il n’est pas nécessaire d’interdire les feux d’artifice. « Je ne suggérerais pas de les interdire, car de nombreuses personnes en tirent un grand plaisir », indique M. Hosseiny.
« Les gens peuvent être prévenants de différentes façons : les utiliser à des heures prévisibles, limiter l’utilisation à des heures raisonnables afin de ne pas nuire au sommeil de quelqu’un et, si vous savez que vous vivez à proximité d’un vétéran, informez-les ou les membres de leur famille à l’avance », ajoute-t-il.
Aux États-Unis, là où la population de vétérans est sept fois plus importante qu’au Canada, plusieurs municipalités sensibilisent la population au fait que ce ne sont pas tous les citoyens qui ont le coeur à la fête à la veille du 4 juillet.
Le site Web du Département des Vétérans des États-Unis fait un rappel à la population : « Pour les anciens combattants, les feux d’artifice peuvent rappeler des souvenirs de combats ou d’explosions, et certaines célébrations liées à l’armée peuvent également susciter de la détresse. Pour d’autres, les feux d’artifice peuvent rappeler des incendies intenses ou la violence des armes à feu. »
Watch: Fireworks Market Sets Off Massive Chain Reaction | Last Moments
Fil complet:
- Quand les feux d’artifices ravivent des souvenirs douloureux - Jeromec, 08/08/2023, 12:47
![Ouvrir toute la discussion [*]](templates/default/images/complete_thread.png)
- Quand les mortiers d'artifice se transforment en armes d'éme - Jeromec, 08/08/2023, 12:54
![Aperçu […]](templates/default/images/ajax_preview.png)
- Quand les mortiers d'artifice se transforment en armes d'éme - Jeromec, 08/08/2023, 12:54