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Covid, vaccin, la généticienne Alexandra Henrion-Caude

par aiki, samedi 30 janvier 2021, 15:47 (il y a 1927 jours)

https://factuel.afp.com/covid-vaccin-la-geneticienne-alexandra-henrion-caude-nous-dit-t...

1. Non, les vaccins à ARN messager ne s'intègrent pas au génome.
Nous avions déjà démontré dans un article précédent que les nouveaux vaccins à ARN messager ne modifient pas les gènes des patients.

Comment fonctionnent-ils ?

Dans les cas des vaccins à ARN messager, produits notamment par Pfizer/BioNtech et Moderna, on injecte une molécule fabriquée en laboratoire qui va demander à nos cellules de fabriquer une protéine Sars-CoV-2, appelée "spicule".

C'est cette protéine qui permet au virus de pénétrer dans la cellule humaine pour l'infecter.

En reconnaissant ces protéines "étrangères" mais inoffensives, l'organisme va déclencher une réponse immunitaire et produire des anticorps capables de neutraliser le Sars-CoV-2 s'il venait à nous infecter.

Cette instruction génétique ne peut pas modifier les gènes car dans le corps humain "le chemin génétique, c'est : l'ADN qui est transcrit (recopié, NDLR) en ARN. On ne voit jamais le chemin inverse", expliquait le généticien français Axel Kahn à l'AFP dans un précédent article.

"L'ARN messager ne peut pas se mettre dans l'ADN", car il n'entre jamais dans le noyau de la cellule, ajoutait le Dr Maria Victoria Sanchez du laboratoire d'immunologie et de recherche vaccinale IMBECU-CCT-CONICET en Argentine.

Dire que l'ARN messager, injecté via le vaccin, va transformer l'ADN, "c'est un peu comme dire qu'un enfant peut donner naissance à sa mère... On ne peut pas revenir en arrière", compare le professeur d'immunologie Jean-Daniel Lelièvre.

2. Ces vaccins ne modifient pas non plus les gènes des patients VIH
Dans cette vidéo virale, Mme Henrion-Caude estime pourtant qu'il existe un risque d'intégration de l'ARN du vaccin au génome des patients, car "l'ARN peut se transformer en ADN chez les patients VIH et les patients porteurs d'un virus silencieux, le spuma virus".

"Pfizer sait qu'il y a un risque" car "ils ont traité les patients VIH à part", avance, comme preuve, la généticienne.

Ces affirmations relèvent "d'une construction intellectuelle fausse", répond à l'AFP, l'immunologiste Jean-Daniel Lelièvre.

Ces deux rétrovirus - le VIH et le spuma-virus - utilisent bien la reverse transcriptase ("transcriptase inverse" en français) une enzyme capable transcrire l'ARN en ADN.

"Mais les rétrovirus du VIH ou des spuma-virus ne retranscrivent que leur propre ARN, ils ne retranscrivent pas les autres ARN", explique le Pr Lelièvre, membre de la Commission vaccination à la Haute autorité de santé.

"La +reverse transcriptase+ n'est pas capable d'aider à l'intégration de l'ARN du coronavirus car celui-ci n'est pas formaté pour cela. Et l'ARN messager du vaccin l'est encore moins", complète la professeure émérite de virologie et spécialiste du VIH Christine Rouzioux.

Quant aux patients VIH "traités à part" par Pfizer : il s'agit tout simplement d'un protocole classique en recherche médicale car les "patients VIH ont un déficit immunitaire" explique à l'AFP la Pr Rouzioux.

"On teste d'abord les personnes saines plutôt que des personnes atteintes de comorbidités. Quand l'efficacité est démontrée, on inclut ensuite les comorbidités et les VIH pour les protéger", poursuit-elle.

Ainsi, 196 patients atteints du VIH ont bien participé aux essais cliniques du vaccin élaboré par Pfizer et BioNtech, détaille cet article du New England Journal of Medecine.

Le 20 janvier, l'Académie de médecine a recommandé aux personnes porteuses du VIH de se vacciner contre le Covid-19, car les taux de mortalité y sont de 2 à 3 fois plus élevés dans cette population.

3. Non, il n'y a pas de risque de modification génétique transmissible aux enfants
En appliquant un raisonnement identique, Alexandra Henrion-Caude évoque un "risque de transmission génétique aux générations suivantes".

"S'il n'y pas de risque de transmission génétique (...) pourquoi le protocole de Pfizer" recommande aux patients des essais cliniques "d'avoir des rapports protégés ou recours à des contraceptifs ?", s'interroge-t-elle.

Sous-entendre qu'un vaccin est capable d'entraîner des transformations génétiques en modifiant les spermatozoïdes est, selon le généticien Axel Kahn, "complétement idiot".

"Pour cela, il faudrait que ça passe dans les génomes et la lignée germinale", explique-t-il.

Or, comme on vient de le démontrer, l'ARN, y compris celui de ces vaccins, ne peut pas modifier le génome.

"Le vaccin à ARN reste localement, il ne va pas se promener partout dans vos testicules, qui sont un sanctuaire immunologique. Et on n'a jamais vacciné quelqu'un dans les testicules...", réagit le professeur Lelièvre.

Quant aux recommandations d'avoir des rapports protégés lorsqu'on participe aux essais du vaccin Pfizer, il s'agit, là encore, d'une pratique classique en recherche :

"Vaccin, médicament... c'est valable dans tous les essais cliniques : on écarte les femmes enceintes et on demande aux gens de ne pas avoir d'enfants durant la période des essais. Nouvelle utilisation = on fait attention", résume le professeur Lelièvre.

4. Non, ces vaccins n'ont pas provoqué les nouveaux variants du virus.
Au cours de l'entretien, Mme Henrion-Caude émet l'hypothèse que les campagnes de vaccination ont provoqué l'apparition des variants du virus, plus dangereux, détectés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud.

Ces vaccins nécessitant deux injections, "la faible immunité" acquise lors de la première injection rend "les patients vulnérables" lorsque la seconde dose est administrée plus tard que prévu, explique la généticienne.

C'est ce qu'a fait le Royaume-Uni en rallongeant les délais entre deux injections afin de vacciner en masse, dans un contexte de stocks limités.

"On ne sait pas" si ces vaccins génèrent des anticorps "facilitants", capables "de provoquer des formes graves de la maladie", poursuit-elle.

Pour l'avancer, cette ex-chercheuse de l'Inserm s'appuie sur un communiqué de l'Académie de médecine publié le 11 janvier.

Mais attention, l'Académie ne dit pas cela dans son communiqué. Cette interprétation est "amplifiée" et "déformée", a réagi auprès de l'AFP, le professeur Yves Buisson de l'Académie de médecine.

"Quand on regarde la chronologie, c'est faux. Le mutant britannique est apparu au mois de septembre et il a fait de nombreux cas en novembre", explique cet épidémiologiste, rappelant que la campagne de vaccination n'a démarré que le 8 décembre dans le pays.

Concernant les virus "mutants d’Afrique du Sud et du Brésil", ils "sont peut-être moins sensibles aux anticorps vaccinaux mais n'ont pas été induits par cela", ajoute M.Buisson.

Néanmois, avoir un vaste nombre de personnes seulement partiellement protégées peut offrir "un terrain favorable" à l'émergence de nouveaux variants du coronavirus "échappant à l'immunité induite par la vaccination", écrit l'Académie dans son communiqué.

"Pour l'avenir, c'est un risque qu'il faudra prendre en compte" prévient M. Buisson.

Quant au risque d'anticorps "facilitants" générés chez les patients n'ayant pas développé une forte immunité au virus, il s'agit "d'un risque théorique individuel" chez les personnes avec "un système immunitaire déficient", tempère ce professeur de l'Académie de Médecine.

"Ce risque existe dans plusieurs modèles chez l'animal, mais n'a pas été formellement identifié chez l'homme", conclut-il.

5. 2,7% des vaccinés, désormais "incapables de travailler" ?Attention à cette interprétation trompeuse
Mme Henrion-Caude explique, en citant des données du "CDC", les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis, que "2,7%" des personnes vaccinées "se retrouvent incapable de travailler".

"Pour une nation qui ne va pas bien sur sa capacité de production de travail, prendre un tel risque, c'est incroyable", conclut la généticienne sur TV Libertés.

Ces chiffres existent bel et bien sur le site des CDC (voir ci-dessous) : au 18 décembre sur 112.807 administrations de vaccin Pfizer recensées, 3.150 signalements (soit 2,78%) "d'incapacité de travailler" ont été déclarés.

Mais l'affirmation de Mme Henrion-Caude manque de contexte, elle laisse entendre, que près de 3% de la population d'un pays vacciné ne pourra plus jamais travailler de nouveau.

C'est faux. Contacté par l'AFP, les CDC expliquent qu'il s'agit d'effets secondaires "anticipés" qui "devraient disparaître au bout de quelques jours".

D'ailleurs ces données sont datées du 18 décembre, soit à peine quatre jours après le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19 aux Etats-Unis.

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