Le fin mot
"Il faut poétiser ta vie, (...), la recréer, y participer non pas inconsciemment, en existant simplement, mais consciemment, en la vivant, en t'imposant. D'une petite expédition des Grecs à Troie, Homère a fait l'Iliade, et ce pouvoir nous l'avons tous, sinon dans le domaine de l'art, du moins dans celui de la vie. Un peu de courage, de bonne humeur, d'énergie, d'attachement à l'humanité. Beaucoup de poésie pour transfigurer ce que l'on vit et le hausser au niveau d'une expérience exaltante (...)".
- Serge Klarsfeld, Mémoires
Le Cercle des Poètes Disparus - Bande Annonce VF
On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c'est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l'on fait partie de l'humanité, et que l'humanité est faite de passions. La médecine, le commerce, le droit, l'industrie sont de nobles poursuites, et sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie, la beauté, l'amour, l'aventure, c'est en fait pour cela qu'on vit. Pour citer Whitman : « Ô moi ! Ô la vie ! Tant de questions qui m'assaillent sans cesse, ces interminables cortèges d'incroyants, ces cités peuplées de sots. Qu'y a-t-il de bon en cela ? Ô moi ! Ô la vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l'identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime... Quelle sera votre rime ?
Robin Williams, Le Cercle des poètes disparus (1989), écrit par Tom Schulman
Le Cercle des Poètes Disparus - Bande Annonce VF
Le poète et la vie
"Pour employer un mot que mes contemporains affectionnent tout particulièrement, je dirai que le poète est un spécialiste de la douleur et de la joie, comme le saint. Si les hommes qui repoussent la poésie, le poème, savaient à quel point c'est de leur propre vie, de leur être qu'il s'agit ! Le poète est un spécialiste de l'homme total, il n'est qu'homme, qu'humanité. Si les hommes ne voulaient pas perdre leur pouvoir de sentir, ne pas sécher, ne pas croire qu'à l'intellect, aux hypothèses spectaculaires, alors ils sentiraient que le poème est une chose essentiellement simple, que l'homme y parle de son amour et de ses morts, du soleil et de la terre, de la cellule et des galaxies; ils sauraient que le poème n'est obscur que dans la mesure où leur pouvoir de sentir est diminué... Pour concevoir une société, une humanité sans poète, il faudrait concevoir une humanité qui aurait renié sa nature humaine."
- Fernand Ouellette, Les actes retrouvés.
Que de lettres...
Dramatique, c'Est la MER ROUGE lorsqu'elle saigne...
Cyrano de Bergerac - Tirade du nez & Duel (English Sub)
De la mer à l'océan...
*
*
Oceano Nox
Saint-Valéry-sur-Somme
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !
Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !
On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures
Tandis que vous dormez dans les goëmons verts !
On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois, dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? –
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.
Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !
Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !
Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots ! que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !
Juillet 1836.
Victor Hugo, Les rayons et les ombres