Jeu.
"Mais quelle place peut-on vraiment donner au jeu dans sa recherche spirituelle ?
Il faut bien comprendre que les choses les plus hautes de l'esprit, les plus graves, ne sont accessibles à un esprit que s'il s'amuse, que si cette fluidité ludique est présente.
Sans cette frivolité-là, et sans cette légèreté-là, l'âme ne respire plus et s'éteint. Amusement et émerveillement sont le ciel dans lequel le soleil de la conscience infinie peut se lever.
On peut ajouter que la pensée pure, la pensée de la recherche, par essence ne vise pas à l'utile ; la notion d'utilité lui est totalement étrangère.
Alors, quel est le ressort de la réflexion ? L'amour, l'amour-passion pour les choses de l'intelligence, et cette nourriture de l'âme ; s'amuser.
Ce qui est utile, asservi à une fin, est insupportablement lourd.
Dans la vie de tous les jours, il faut bien pactiser avec le démon et tenir compte des contingences matérielles, mais dans la part la plus profonde de soi-même, on ne peut qu'éprouver le plus grand mépris pour ces contingences, et demeurer indéfectiblement fidèle à sa propre intuition ; ce qui est honorable, ce qui est grave, c'est ce qui fait frissonner et ne sert à rien.
Il est extrêmement rare de voir frissonner et s'amuser les personnes engagées dans une recherche spirituelle, ce qui ne permet nullement de préjuger de la qualité de leurs intuitions. Mais celle-ci, à l'évidence, manque... Peut-être confondent-elles sérieux et gravité ? En fait, disons-le crûment, elles s'emmerdent à mourir. Or, l'ennemi mortel de l'âme, c'est de s'emmerder, c'est l'ennui.
Un homme qui s'emmerde est un homme spirituellement mort.
Prenons le cas d'un homme qui se délite par ennui mortel dans le cours d'une recherche spirituelle. Tout d'un coup il aperçoit dans la rue, marchant à sa rencontre, une jolie fille. C'est le choc, et il devient oublieux de tout, de l'Ultime, de l'Unique, de la Réalisation Suprême, de tout ce sinistre attirail conceptuel et de de son puritanisme de chercheur d'éveil.
Quoi de plus génialement gai et distrayant qu'une jolie fille, que sa jupe répondant aux caprices du vent ?
C'est un grand moment d'ouverture, le type revit.
Le regard qu'il adresse à la fille s'adresse à Dieu. Alors que depuis des lustres, se dirigeant vers lui du pas pesant et consciencieux du laboureur d'autrefois, il lui tournait le dos."
Stephen Jourdain. Petit lexique spirituel à l'usage du chercheur inlassable. Ed l'Originel.
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- La parole décapante. - konrad, 04/08/2016, 16:34
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- Jeu. - konrad, 04/08/2016, 17:17